Actualités de l'institut d'anthropologie clinique

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Serge Escots - 5 décembre 2021

S4 – Séminaire « Quelques remarques sur l’anthropologie sémiotique »

Date : le 18 janvier 2022 de 19h00 à 21h00

Titre : Quelques remarques sur l’anthropologie sémiotique

Orateur : Jean Lassègue, philosophe, anthropologue et épistémologue est directeur de recherche CNRS au Centre Georg-Simmel (EHESS).

Lien de connexion :
https://us02web.zoom.us/j/83146855323?pwd=TkVHd3VuWldIZUIzc1U3WjFQcGxYQT09

Veuillez adresser votre demande pour assister à ce séminaire en présentiel à l’iac, le nombre de places étant limité :
seminaire-anthropologie-clinique@institut-anthropologie-clinique.com

Argument :

L’anthropologie ne cesse de parler du sens, des difficultés épistémologiques qu’il y a à comprendre le sens de telle ou telle conduite dans telle ou telle société à telle ou telle époque. L’objet de l’anthropologie de ce point de vue est bien de réussir à déterminer comment les conduites collectives font sens pour leurs acteurs même s’ils ne sont pas, la plupart du temps, en mesure de l’expliquer : pourquoi telle règle de mariage ? Pourquoi telle parole associée à tel rituel ? Pourquoi telle forme donnée à un outil ? L’anthropologie tente de répondre à ces questions en dépassant les explications qui invoquent seulement la tradition, l’habitude ou les dieux.
Au cours du 19ème siècle, l’anthropologie en tant que discipline s’est structurée autour d’un certain nombre d’objets propres : tout d’abord, à partir de 1850, la parenté et ses règles, puis le totémisme, le rituel, l’échange… C’est toujours la question du sens d’une conduite dans un contexte social particulier qu’il s’agit de décrire. Mais alors, pourquoi parler d’anthropologie sémiotique ? Ajouter « sémiotique » à « anthropologie » semble redondant, l’anthropologie n’ayant de cesse de rendre compte du sens et ce faisant, de tenter de clarifier certains comportements, même les plus étranges aux yeux des enquêteurs, dans les sociétés étudiées. Pourtant, la façon dont la notion de sens est prise en compte en anthropologie a fait l’objet de profonds débats qui ont la nature et le rôle des signes pour objet et c’est la raison pour laquelle il n’est pas complètement redondant de parler d’anthropologie sémiotique.
Si l’on accorde un certain crédit à l’expression d’« anthropologie sémiotique », on constate tout d’abord que de nombreuses théories socio-historiques depuis le 18ème siècle ont cherché à rapporter le sens à autre chose que lui-même : le sens s’expliquerait alors par des circonstances extérieures au sens, qu’elles soient d’ordre social, économique, technique, climatique, etc., circonstances qui permettraient de rendre compte de la spécificité de certaines formes sociales. Ce n’est précisément pas le point de vue défendu par l’anthropologie sémiotique : elle part du principe que les signes, en particulier linguistiques, sont eux-mêmes des enjeux sociaux et non pas seulement la représentation de ces enjeux. Ainsi l’anthropologie devient-elle « sémiotique » quand elle en vient à s’interroger explicitement sur le rôle des signes comme enjeux sociaux et sur leur rôle instituant dans les formes sociales. C’est donc la plus ou moins grande force instituante prêtée aux signes selon les circonstances qui est au cœur de l’approche sémiotique en anthropologie. Il s’agit alors, d’une part, d’isoler des systèmes de signes particuliers qui font le cœur de l’attention collective pour une société donnée à un moment donné et, d’autre part, d’étudier comment les modalités d’usage de ces systèmes de signes produisent des rapports sociaux spécifiques.
Qu’en est-il alors de son usage possible en anthropologie clinique ? La clinique a sans doute avantage – mais c’est un point à débattre – à ne pas rapporter le sens à des circonstances externes mais à envisager les signes comme des enjeux sociaux produisant des formes sociales spécifiques. On tâchera donc de voir si cette approche a une pertinence possible dans le champ de la clinique.

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