Actualités de l'institut d'anthropologie clinique

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Serge Escots - 21 octobre 2021

S2 -Séminaire « Actualité de l’anthropologie clinique en construction »

Date : le 23 novembre 2021 de 19h00 à 21h00

Titre : Le miroir sémiotique : le stade du miroir entendu en anthropologie clinique

Orateur : Wilfrid Magnier, psychologue clinicien, psychothérapeute familial, psychanalyste, formateur, chercheur.

Abstract : L’anthropologie clinique reprend le projet épistémologique proposé par Ernst Cassirer, à savoir « rassembler les différentes orientations méthodologiques du savoir, quelles que soient la spécificité et l’indépendance qu’on leur reconnaisse, en un système dont les termes singuliers se conditionnent et s’appelleront les uns les autres, en conservant leur nécessaire diversité » (Philosophie des formes symboliques, p.17). C’est dans et par ce projet que nous proposons de relire le stade du miroir comme la constitution d’une forme symbolique pour le sujet, basée sur son expérience empirique face au miroir. Cette forme symbolique reçoit en anthropologie clinique le nom de la sémiotique de la personne ou du soi narratif. Cette nomination ne fait pas seulement concept pour comprendre la clinique du sujet, mais aussi, elle désigne les différentes entrées ou catégories (points de vue théoriques) qui s’articulent dans ce modèle. Autrement dit, nous allons proposer une théorie unifiée de l’expérience du miroir pour le sujet comme forme symbolique, laquelle reprend un ensemble différents points de vue singuliers à cet égard (éthologie, psychanalyse, psychologie, neurologie). Nous posons que le stade du miroir met en place un carré sémiotique, celui du moi et de l’autre.

Cette schématisation rendrait compte d’un procès temporel logique : 1. la deixis « de l’autre » : l’image de l’autre n’est pas seulement un symbole de l’autre, elle désigne un autre réel que je ne vois pas tout de suite (l’enfant, voyant d’abord le reflet de son père, tourne la tête pour le retrouver dans la pièce) 2. L’enfant va généraliser au miroir la fonction déictique. Le miroir désigne un x réel dans la pièce. La fonction déictique généralisée, selon notre hypothèse, pourrait être cet espace réducteur qui interdit l’ubiquité selon Wallon. 3. L’enfant, à partir du miroir comme fonction déictique généralisée, peut traiter « son » image, présente parmi les autres images connues (le parent et l’enfant devant un miroir), comme une image (une deixis). Quand l’enfant se détourne de cette image de lui, avant de s’y reconnaître, ceci pourrait vouloir dire que l’enfant ignorant encore à quoi il ressemble sait toutefois que l’image désigne une personne réelle dans la pièce et qu’il la cherche. Le fait de chercher un autre enfant dans la pièce indique que l’image n’est plus traitée comme un autre réel (l’enfant n’ouvre plus les bras en direction de l’image) 4. Une hésitation peut advenir puisque l’enfant ne retrouve pas dans la pièce, l’enfant vu dans le miroir – puisque c’est lui, mais il ne le sait pas encore. L’enfant peut douter de la fonction déictique du miroir. Il pourra alors vérifier cette fonction pour ses proches et constater que le miroir a bien une fonction déictique généralisée. 5. Voyant le reflet de lui-même, dans une hâte jubilatoire, l’enfant jugera cette deixis imaginaire comme le désignant lui. Non seulement il sait à quoi il ressemble, et, aussi, s’ouvre par cette symbolisation un champ de signification qui surmonte la simple perspective empirique. Nous développerons cet ensemble de vues au cours de l’exposé.

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