Actualités de l'institut d'anthropologie clinique

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iac - 16 février 2021

Livre l'intervention auprès des familles

L’intervention auprès des Familles – Réussir le défi de la coconstruction

Recension par J. Pluymaekers Président honoraire d’EFTA

C’est avec plaisir et intérêt que les thérapeutes familiaux découvriront le recueil de textes que Thierry Darnaud et Serge Escots ont regroupé suite au congrès d’EFTA-CIM organisé en collaboration avec l’IAC et l’UFR de psychologie de l’université Jean Jaurès de Toulouse en 2018.

La richesse de ces pages, c’est qu’elles renouent avec l’importance du débat, de la rencontre non seulement des idées et des pratiques cliniques mais des personnes.

Si les différentes contributions ont toutes le souci de montrer comment intégrer les familles dans nos pratiques, elles insistent, comme le titre nous l’annonce, sur la question cruciale qui est de « réussir le défi de la coconstruction ».
Que ce soit avec des références explicitement systémiques ou soutenues par des réflexions plus psychanalytiques les différentes approches proposées et surtout les modèles originaux de travail avec les familles montrent combien de jeunes professionnels sont aujourd’hui novateurs et ce, dans tous les champs cliniques où la famille est un des contextes incontournables.

Ainsi au cœur de nombre de ces contributions se déploie le comment permettre aux familles affectées profondément par la souffrance d’un des leurs d’être prises en compte, respectées et invitées à coconstruire un meilleur en lien avec les intervenants impliqués.

Bien sûr, et Serge Escots le rappellera dans son introduction, il reste du chemin à parcourir et les intervenants comme les familles s’inscrivent encore dans la pensée dominante où il est « évident » qu’il faut se confier au spécialiste qui, à la fois prendra en charge le patient et nous rassurera sur le fait que c’était ce qu’il avait de mieux à faire… On a parfois le sentiment d’être encore dans les années 70 où nous avions très clairement mis en question le recours au spécialiste sachant…et la déresponsabilisation de l’environnement entre autre familial ! Voici comment nous écrivions à l’époque :

La politique de spécialisation consiste, au nom de la science, à sérier les problèmes et leurs acteurs ainsi qu’à fixer les rôles. Elle exige qu’un personnel qualifié, travaillant de manière autonome, rencontre des groupes de patients étiquetés, en des institutions spécifiques dans leurs critères d’admission et leur équipement.

Si la spécialisation entérine l’exclusion, elle procure aussi un soulagement immédiat sous la forme de bénéfices secondaires à la personne en difficulté. En effet, celle-ci dépose son problème entre les mains d’un spécialiste pour y rencontrer une réponse à son souci immédiat. Ce faisant, elle ranime sa foi magique en la toute puissance du savoir et concourt à renforcer l’isolement flatteur de celui qui sait. Si elle tentait de résoudre seule ou avec l’aide de ses proches ses propres difficultés, elle se reprocherait de ne pas compter avec le progrès des techniques. La spécialisation entretient une dépendance. L’homme en arrive de plus en plus à penser ses problèmes directement en terme de recours à un organisme institutionnalisé parce qu’il est convaincu de son incapacité à assumer des responsabilités qu’il ne sent plus de son ressort. (*)

SI les textes officiels ont mis l’accent sur le travail avec les familles, celui-ci s’est surtout décliné par des concepts de coopération, de collaboration, de concertation alors que le défi est de coconstruire un contexte où le changement peut advenir.

Si, comme les différentes sections du livre le pointent souvent, nous en sommes loin, il est cependant réconfortant de voir les « perles cliniques » qui développent avec beaucoup de créativité comment la coconstruction peut changer les choses.
D’autres textes nous invitent à réfléchir à la fois où nous en sommes et comment « penser » cette coconstruction où doivent s’articuler la compétence des familles et celles des intervenants.

Et, tout comme les membres d’EFTA-CIM sont sur le terrain du travail avec les familles acteurs dans les nombreux champs de la clinique, le livre a tenté – avec succès, disons-le – d’éclairer ces différents champs par des contributions originales alliant réflexions critiques et cliniques novatrices.

Le lecteur pourra partir de sa clinique propre pour s’intéresser aussi à ce qui lui est plus éloigné. La place de la famille lui sera présentée successivement dans la protection de l’enfance, dans le soin à l’adolescence, en psychiatrie ou dans la clinique du vieillissement. Deux autres sections le conduiront à réfléchir les champs spécifiques des addictions et de la radicalisation.

Pour terminer cette invitation à s’imprégner des richesses de ce livre, je reprendrai l’invite finale de l’introduction de Serge Escots : Alors, soyez curieux, « épistémophiles » et profitez des pages de cet écrit pour faire quelques belles trouvailles, des trouvailles qui stimulent le désir de travailler et qui éclaire l’horizon.

* Pluymaekers Jacques et al, Insertion et secteur in Mosaique, 16, 1971

Lire un autre billet sur cet ouvrage et visionner les vidéos du Congrès 2018

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