Actualités de l'institut d'anthropologie clinique

Jonas Roisin - 5 octobre 2022

Du rap à l’IAC #4 STE STRAUSZ

Une publication par mois. Des paroles à lire et à écouter, scandées par mes rappeuses et rappeurs favori.e.s.

Une thématique : l’enfance et son regard sur les appartenances familiales et culturelles qui l’entoure.

Les artistes post modernes que sont les auteurs et autrices de rap nous inspirent depuis quarante ans.

J’aime leurs corpus où s’entrechoquent en poésie le réel raconté et l’enfance remémorée. Adolescents, nous sommes nombreux.ses à y avoir trouvé un style et des paroles denses sur lesquels nous appuyer, en résonnance avec nos tentatives de constructions identitaires plurielles.

L’IAC reste au contact des mutations anthropologiques qui nous affectent en post modernité, tout en accueillant les singularités de nos parcours de vie, rythmés par les attachements, les pertes et les séparations. Le nom John Bowlby sonne d’ailleurs comme un parfait pseudonyme de rappeur.

Cette série de publications est une invitation à l’écoute de l’approche clinique des rappeurs et des rappeuses sur le monde à vivre.

4ème morceau : Plus d’idéal
Artiste : Sté Strausz

En 1996, une compil’ se passe de main en main dans les couloirs des collèges et des lycées, la couleur est kaki, le titre écrit en majuscule : « HOSTILE ». La taille des textes imprimés dans le livret de 10 pages est minuscule. Merci aux éditeurs de rap d’avoir rapidement compris l’intérêt pour nous, de voire écrite cette oralité. Vu la place du texte écrit dans nos vies d’adolescents scolarisés, la lecture à la loupe de ces livrets transgressifs a ouvert des perspectives, ajouté des options. Pour autant, la lecture du texte n’est pas indispensable à la compréhension quand on écoute ce morceau de la rappeuse Sté Strausz. Et c’était souvent le cas. Alors, quelle utilité du livret ? Efficacité symbolique ?

Merci Sté, pour le discours intérieur, pour les images générées par ce texte, qui réconforte mon adolescence sidérée par les groupes ultratoniques. Merci pour le recul et la place assumée de grande sœur: « je t’épaule au micro, fille je suis ta conscience ».

Plus d’idéal
Sté Strausz

Là où tu vas il n’y a pas d’idéal
Rien que du sang et des balles

Jeune fille, dis-moi quel objectif vises-tu dans la vie
Dis-moi quelle direction pour ton avenir as-tu choisie
Observe ta mère un peu, la peine que tu lui causes
Tout juste seize ans, et les problèmes défilent sans faire de pauses
Tu joues les dures pour impressionner tes pine-co
Tu veux te faire remarquer mais crois-moi que tu ne sors pas du lot
Nombreuses sont comme toi perdues et stupides de surcroît
Tu veux briller ? Alors laisse tomber ce style caille-ra
Les temps sont durs, cette société compte ses places
Et pour y faire face, il faut de l’intelligence et du taff
Tu fuis l’école, pour traîner dans ton square
Tu penses avoir le temps mais sache qu’un jour il sera trop tard
Ta mère s’inquiète de ton devenir
Toi tu as beau sourire, mais dans deux ans, crois-moi, tu vas en pâtir
Il serait temps pour toi que tu prennes de l’avance
Je t’épaule au micro, fille je suis ta conscience

Refrain :
Là où tu vas il n’y a plus d’idéal, rien que du faux
Cette vie, ma fille, te mène tout droit vers l’échafaud
Tu es qu’une gosse, donne-toi une chance, joue pas la caille-ra
Pense à ton avenir et suis ta conscience
Là où tu vas il n’y a plus d’idéal, rien que du faux
Cette vie, ma fille, te mène tout droit vers l’échafaud
Tu es qu’une gosse, donne-toi une chance, joue pas la caille-ra
Pense à ton avenir et suis ta conscience

Tu penses peut-être que déconner n’est qu’un jeu
Si tu connais les règles tu dois savoir quel en est l’enjeu
Regarde l’état de celles qui ont fait le même choix que toi !
Quel est leur futur et le tien si tu prends la même voix
Vas-y cogite, les années passent très vite !
Remets-toi en question pour connaître tes limites !
Á ton âge la situation est grave
Qui t’as donc éduquée pour que tu bédaves et chouraves ?
Ta mère va mal, cette fois c’est à cause de toi
Il y a un an ton père vous quittait pour rejoindre l’au-delà
Elle voit la chaire de sa chaire partir en galère
Impuissante devant toi, une seule chose, elle te laisse faire
Mais réagis ! Il reste encore du sursis
Fais-le pour elle, si pour toi peu t’importe ta vie
Enferme-toi dans une pièce et pense, fille
Oublie ta fierté, et laisse parler ta conscience

Refrain

Les jeunes filles de ton âge rêvent toutes de faire jaser
Mais tu n’as besoin de faire comme toutes ces meufs de tess
Cherche le respect pour ce que tu es et non ce que tu n’es pas
Il n’y a aucun mérite à s’identifer à une caille-ra
Chacune d’entre nous choisit sa direction
Les voix sont multiples et beaucoup synonymes de dérision
Suis mes conseils : esquive ta déchéance !
La femme bonne en Strausz représente… ta conscience

Refrain

Lien you tube : https://youtu.be/Q49lrKro6SM