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Lola Devolder - 12 mai 2016

En finir avec les parents toxiques

« L’enfant sale » ou La parentalité empêchée à l’épreuve du réel.

Mais qu’est-ce que la parentalité empêchée ?

Nous pourrions faire une réponse en forme de page de réclame et répondre que c’est le titre de notre dernier livre.

Plus sérieusement, à l’Institut d’anthropologie clinique, nous n’avons pas pour habitude de rajouter des concepts aux concepts dans le but d’orner une conversation ou de faire mousser l’éthos des intervenant-e-s. À l’IAC, les questions nous viennent du terrain et les réflexions qu’elles nous suggèrent ont vocation à y revenir.

C’est de cette dynamique que germe le concept de parentalités empêchées :

  1. de l’impasse dans laquelle nous met la dénomination parent toxique, qui catégorise et enferme les parents en même temps qu’elle les disqualifie absolument ;
  2. de l’obligation à penser les compétences parentales, non pas comme élément de langage démagogique mais comme support à l’intervention sociale ;
  3. de la coopération avec les parents comme méthode pour envisager des possibles changements, plus prometteuse que les injonctions normatives.

Dans la vidéo suivante, Pierre Delion parle de « l’enfant sale » et des questions que la situation pose aux professionnels[1]. Il n’emploie ni l’expression « parent toxique », ni celle de « parentalité empêchée », mais sa démonstration va dans le même sens que la nôtre.

Pierre Delion soutient que le regard hygiéniste porté par des professionnels sur « l’enfant sale » conduit à dénigrer sa famille et l’enfant lui-même. Faire d’un constat (/l’enfant est sale/) un élément dévaluatif (« Berk, ils manquent cruellement d’hygiène dans cette famille ! ») revient à déconsidérer la famille et donc l’enfant qui en fait partie. C’est alors prendre le risque de l’impasse de l’intervention : qui voudrait être accompagné, qui voudrait écouter voire entendre quelqu’un qui le dévalorise, ou dévalorise les siens (« Il va falloir se laver parce que là, ce n’est pas possible ! ») ?

DEVALORISER, verbe trans. Faire perdre à quelqu’un ou à quelque chose de sa valeur, de son efficacité, de sa réputation.

Pierre Delion préconise de travailler la confiance avant que de travailler l’hygiène. À l’Institut d’anthropologie clinique, on aime parler d’instauration d’un dialogue éthique dont la confiance réciproque est l’élément principal.

CONFIANCE, subst. fém. Croyance spontanée ou acquise en la valeur morale, affective, professionnelle… d’une autre personne, qui fait que l’on est incapable d’imaginer de sa part tromperie, trahison ou incompétence.

Sans confiance en la valeur professionnelle, comment imaginer qu’un enfant ou un parent puisse accepter d’être accompagné (la fameuse adhésion à la mesure) ? Sans confiance en la valeur parentale, comment imaginer qu’un professionnel trouve les leviers nécessaires à faire émerger du changement ?

Penser la parentalité comme empêchée, c’est considérer que les parents sont virtuellement compétents. L’intervention vise donc à lever les empêchements, et non pas à changer les parents (voire à changer de parents !). Penser la parentalité comme empêchée, c’est considérer les parents comme dignes de ce travail et construire, ensemble, les conditions les plus favorables pour accepter et comprendre leurs propres empêchements. Et parfois — mais pas toujours il est vrai — l’intervention professionnelle permet aux compétences de se réaliser dans des actes ; c’est la parentalité qui se dés-empêche !

Les crados


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