J’entends parfois dans l’espace médiatique (lieu dominant actuel du débat public), que le débat de l’élection présidentielle devrait quitter la médiocrité des attaques personnelles pour rejoindre l’univers plus élevé des enjeux politiques, où se situeraient les questions essentielles. C’est probablement ce que M. Guéant a voulu faire en introduisant dans le débat un clivage droite/gauche à propos des questions de civilisation. Cette élévation vertigineuse et soudaine du débat politique de la part d’un homme qui nous avait habitués à de plus prosaïques ambitions dans l’exercice de sa fonction ministérielle surprend et induit quelques suspicions à l’endroit de ses intentions véritables.
Fabrice Olivet a fait paraître en janvier un essai sur l’histoire politique moderne du racisme en l’envisageant dans sa perspective métisse. La question métisse est un essai documenté dont on pressent à l’arrière-plan de la réflexion l’expérience intime de l’auteur. Servi par une écriture tonique au style direct et enlevé, le texte est d’une lecture agréable, qualité appréciable pour ce genre d’exercice. Précisons d’emblée que le propos n’a pas tant pour ambition l’exhaustivité académique que de secouer notre conformisme contemporain. Néanmoins ce travail convoque une impressionnante documentation pour étayer sa thèse. Avant d’analyser ce qu’il considère comme spécifique dans le « racisme français », Olivet reprend la place du nazisme dans l’histoire du XXe siècle ; les prémisses de la question métisse au travers de notre histoire ; la Révolution Française comme creuset idéologique ; et le colonialisme dans son rapport à l’assimilation.